
Petit tour d’horizon des principales censures, coups de ciseaux, éjections et pressions exercées sur les rédactions ces deux dernières années par les amis de Nicolas Sarkozy.
25 AOUT 2005 : "Echec et Match"

Cette semaine-là, Paris Match réalise ses meilleures ventes de l’année en publiant en couverture la photo de Cécilia Sarkozy au bras de son amant, le publicitaire Richard Attias, à New York. Arnaud Lagardère, propriétaire de l'hebdo et ami personnel de Nicolas Sarkozy, est prévenu trop tard : le magazine est déjà parti à l'impression. S’ensuit un conflit entre la direction du groupe Lagardère et Alain Genestar, directeur de la rédaction. Reproche adressé à Genestar : ne pas avoir prévenu sa hiérarchie de la publication imminente de photos sensibles. Conséquence : les photos provoquent la colère de Sarkozy, qui en fait part à Lagardère. Il demande une contre-partie: la tête du journaliste.
C'est chose faite en juin 2006. Après 20 ans passés à Paris Match, Genestar est licencié pour "dérive déontologique" et "perte de confiance" entre lui et Lagardère. La rédaction du magazine se met en grève le 29 juin, pour la première fois depuis 1968, pour protester contre l'éviction, "pour des raisons politiques" de son directeur.
Rattrapé par la polémique, Sarkozy affirme à plusieurs reprises "n'avoir aucune responsabilité dans cette décision". Mais Genestar déclare au Monde que "le ministre de l'intérieur, quand il affirme n'être pour rien dans mon licenciement, ne dit pas la vérité" et que "dans un grand pays libre et démocratique comme le nôtre, il n'est pas concevable qu'un ministre de l'Intérieur puisse être à l'origine du limogeage d'un journaliste". Mais Paris Match va rapidement se faire pardonner cette comm' non-pro-sarkozyste.
15 DECEMBRE 2005 : Lagardère aux ciseaux d'argent

Dans le numéro de Paris Match du 15 décembre, l’interview de Yannick Noah intitulée "Noah. Mes quatre vérités à la France" est amputée de la phrase "Si Sarkozy passe, je me casse". Alain Genestar, pas encore remercié, pense alors encore pouvoir sauver sa place en censurant cette phrase. Raté. L'amputation est souligné par les confrères.
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FEVRIER 2006 : "Allô, c'est ton ami Elkabbach"

Recrutement sous influence. Jean-Pierre Elkabbach, président d’Europe 1, avoue publiquement avoir demandé conseil à Nicolas Sarkozy avant de choisir Hélène Fontanaud comme journaliste politique suivant le ministre de l’Intérieur. Elkabbach est interpellé par les journalistes de sa rédaction. À la suite de ces révélations, plusieurs journalistes décident de quitter la station.
La polémique est ravivée le 2 mars dernier : lors de la rencontre entre le candidat de l'UMP et Maurice Druon compagnon de la Libération, plusieurs journalistes les accueillent sur l'air du chant des partisans. À commencer par Hélène Fontanaud… Un épisode qui n’échappe pas aux chroniqueurs de l’émission « Arrêt sur Image », ni au site du « Nouvel Observateur ». Elkabbach demandera d'ailleurs un droit de réponse au site du Nouvel Obs, avant que le MJS réplique à son tour.
1er MARS 2007 : "Allô, c'est ton ami Sarkozy" (air connu)

Nicolas Sarkozy appelle Edouard de Rothschild, l'actionnaire majoritaire de Libération, pour lui faire part de son mécontentement après la Une du 1er mars titrée: "Impôt sur la fortune de Sarkozy : le soupçon". Il lui dit tout le mal qu'il pense de "Libération", le qualifiant notamment de "sectaire de gauche". Et ajoute : "Cela empêcherait sans doute le quotidien de trouver des gens pour le financer". Échange musclé. NS emploie quelques termes "grossiers", qualifiant, entre autre, Libération de "journal de merde". Un coup de fil qui aurait "beaucoup fait rire Edouard de Rothschild".
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18 MARS 2007 : "Il faut la virer"
Invité de l'émission "France Europe Express", Nicolas Sarkozy débarque dans les locaux de France 3, avec "une escouade de garde du corps, de conseillers et sa maquilleuse personnelle", rapporte un membre de la rédaction. Une fois dans la loge, il doit patienter, tous les sièges étant déjà occupés par les autres invités de l'émission. NS finit par perdre patience: "Je ne veux pas attendre plus longtemps, je veux me faire maquiller tout de suite". Puis : "Mais enfin, il n'y a personne pour m'accueillir. La direction n'est pas là? Ce n'est pas normal. Qu'est-ce qu'ils font? Qui suis-je pour être traité ainsi ?". Il fait alors mine de partir, déclenchant la panique parmi les journalistes, avant de "péter les plombs" et de brandir la menace: "Personne n'est là pour m'accueillir. Toute cette direction, il faut la virer. Je ne peux pas le faire maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ca ne va pas tarder."
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La réplique des syndicats de France 3
15 MAI 2007: a pas voté

Le JDD, qui appartient au groupe Lagardère, renonce à la dernière minute à publier un article révélant que Cécilia Sarkozy n'a pas voté au second tour de l'élection présidentielle, le 6 mai. La preuve ici
Un coup de fil d'Arnaud Lagardère a conduit le directeur de la Rédaction, Jacques Espérandieu, à retirer au dernier moment l'article du chemin de fer du journal. Une information confirmée par Patrice Trapier rédacteur en chef du JDD, à une journaliste de 20 minutes sans toutefois parler d'intervention extérieure: "On ne l'a pas publié, car cela relevait de la vie privée de Cécilia."
La Société des journalistes du JDD accuse alors Arnaud Lagardère d'être intervenu pour que l'article ne soit pas publié dénonce "une censure inacceptable" dans une lettre ouverte.
25 MAI 2007: à la trappe
Ce jour-là, les lecteurs du gratuit Matin Plus n’ont pas trouvé l’article prévu sur les déboires de musiciens roms hongrois avec la police de l’aéroport de Roissy. Non, à la place ils ont eu droit à une page entière de pub. La censure a eu lieu "dans les règles de l’art : tard le soir, et dans le dos des deux journalistes du Monde qui y travaillent", rapporte sur son blog le journaliste Alexandre Lévy, chef de service Europe de l'Est à Courrier international (dont certains articles sont repris dans Matin Plus, partenariat entre le Monde (à 30 %) et Bolloré (à 70 %) oblige).
Le papier en question est la traduction d'une tribune du quotidien hongrois Magyar Hírlap, et raconte comment le groupe Romengo a été retenu arbitrairement à l'aéroport de Roissy par la police française. Raison invoquée par la direction de Matin Plus : "On ne peut pas parler de la sorte de la police française" et l’article est "extrêmement désagréable pour la France".
Le papier devait être republié le 29. Mais le 29 : rien. Lévy souligne que c'est Vincent Bolloré lui-même (propriétaire des journaux gratuits Direct Soir et Matin Plus mais aussi de la chaîne Direct 8) "qui a pris la responsabilité de ne pas publier le papier".
Le prétexte du "trappage" : une règle de "neutralité" des articles de Matin Plus figurant dans le contrat entre le Monde et Bolloré. "Nous avons passé des accords avec Le Monde et Courrier International qui prévoient que nous ne touchons jamais aux articles qu'ils nous transmettent", a expliqué Jean-Christophe Thiéry, directeur général de Bolloré Média.
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30 MAI 2007: y'a pas photo

Rachida Dati empêche la publication par Paris Match de photos datant de son enfance. La direction de Paris Match explique que Rachida Dati lui avait fait savoir que «ni elle ni ses frères et soeurs ne souhaitaient la publication de photos de famille dans ce reportage». Des clichés pourtant autorisés par le père de Rachida Dati, longuement rencontré par les reporters du magazine pour évoquer avec eux l'enfance de la nouvelle ministre.
La SDJ dénonce alors «des pressions exercées par la garde des Sceaux visant à empêcher la publication de photos de jeunesse».
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DEMAIN: exit?

Sur France Inter, Daniel Mermet a vu son émission alter "Là-bas si j'y suis" (née en 1989 et couronnée du prix Ondas 1992, Scam 1993 et du Conseil français de l'audiovisuel 1998) déplacée à une tranche horaire où l’audience est plus faible. Aujourd’hui, elle serait carrément sur la sellette. La sortie est-elle proche?
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