
Décompter le temps de parole de Nicolas Sarkozy dans les médias. Il fallait y penser. On ne peut rien faire face aux liens privilégiés du président avec les grands patrons de presse, pas davantage sur ses coups de ciseaux dans les reportages. Changer les règles du jeu du CSA, en revanche, reste envisageable. Alors Didier Mathus, député socialiste de Saône-et-Loire et spécialiste des questions audiovisuelles au PS, l'a fait. Vendredi, il a écrit président du CSA, Michel Boyon, pour lui demandé que les "règles du jeu" du temps de parole comptabilisées par le CSA soient "adaptées" en raison, selon lui, de "l'omniprésence médiatique" de NS.
"Le temps de parole du président de la République n'est, jusqu'à ce jour, pas pris en compte", écrit-il. "C'était l'héritage d'une pratique où le président, incarnation de la nation, avait à coeur d'apparaître plus comme un arbitre garant de l'unité nationale que comme un chef politique. Ce temps est révolu. L'omniprésence médiatique et la volubilité du président se revendiquant clairement comme chef de la majorité rendent la règle précédente caduque."
Et de poursuivre: "Indépendamment de l'étonnante révérence des médias à son égard, il y a donc une nécessité pour que les règles du jeu soient en tout état de cause adaptées à cette nouvelle donne. Or n'étant nullement de nature législative, elles ressortent de la seule initiative du CSA." Il demande à M. Boyon "quelle initiative" il entend prendre "pour mettre un terme à cette anomalie démocratique".
L'idée n'est pas tombée du ciel, ni de la tête du député Mathus: elle fait suite à une tribune publiée le 2 juillet dans "Le Monde" où Joseph Daniel, ex-conseiller du CSA, plaidait pour un décompte du temps de parole du président de la République, qui n'est pas pris en compte par l'institution. "Il est temps de mettre fin à une fiction qui n'a que trop durer. (...) Comment la parole de celui qui gouverne échapperait-elle à l'appréciation du pluralisme ?", demandait-il.
"Le Monde" explique que "actuellement, le décompte du temps de parole est partagé en trois tiers entre le gouvernement, la majorité et l'opposition. Afin d'améliorer ces règles strictes qui ont fait polémique pendant les élections, le CSA devrait formuler de nouvelles propositions à l'automne sans pour autant se prononcer sur la question du temps de parole présidentiel."
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