jeudi 30 août 2007

PS: zéro projet mais huit bouquins


Malgré une campagne électorale riche en littérature, les socialistes ont vite repris leur plume pour s'assassiner par bouquins interposés. Parce que, c'est bien connu, au PS, on préfère dix bouquins qu'un seul projet. Affligeant.

En juin, Jean- Christophe Cambadélis et Claude Bartolone s'étaient déjà mis au boulot, en publiant, pour le premier, ses petites chroniques de la présidentielle ("L’Inventaire d’une présidentielle"), et pour le second "Une élection imperdable".


Marie- Noëlle Lienemann, la reine des pavés dans la mare, a quant à elle - une fois n'est pas coutume -, sorti son pamphlet post-électoral. Après "Ma part d'inventaire", dans lequel elle flinguait Lionel Jospin et sa campagne de 2002, voici "Au revoir Royal". Pas besoin d'explication, le titre ne manque pas de clarté. Quelques morceaux choisi tout de même: "la victoire de Ségolène Royal aux primaires [du PS] est le symptôme le plus patent de la crise de la gauche"; SR y est dépeinte comme une femme "raisonnée, pas forcément très structurée", qui "considère tous ceux qui pensent différemment comme illégitimes". Vient ensuite le récit des tactiques et manipulations politiques du duo infernal Ségolène Royal-François Hollande. Lienemann se prononce contre une scission du PS, mais elle prévient : "Je serai peut-être amenée à réviser mon point de vue et à constater que si le PS n'est pas à la hauteur des enjeux, il faudra en passer par la création d'un parti de gauche plus homogène".

Aujourd'hui, c'est au tour de Claude Allègre, ex-éléphant du PS, de sortir son brûlot: "La Défaite en chantant". Mais, surprise, surprise, il y critique tout autant SR - dont il avait déjà dit à maintes occasions combien il la détestait - que le patron du parti, et même ...son grand ami Jospin! Bref, tout le monde en prend pour son grade dans la bouche de ce courageux déserteur. Il dénonce le "populisme" de SR, dont la force, dit-il est de "penser comme Mme Michu et donc d'être comprise par Mme Michu". Car le royalisme, mesdames-messieurs, "ce sont des gens dont l'ambition dépasse largement les capacités et qui l'assument en toute lucidité".

Jean-Luc Mélenchon n’est guère plus tendre avec "En quête de gauche". Pour lui, "la candidature de Ségolène Royal cristallise une évolution profonde du parti socialiste", celle vers la stérile social-démocratie bien sûr. "Il était impossible de gagner avec la ligne que défendait Ségolène Royal", explique-t-il. Et de démontrer, exemples à l'appui, pourquoi la voie de la social-démocratie est voué à l'échec. "La gauche peut tout simplement être rayée de la carte politique au profit d'une alternance molle à l'américaine entre deux courants qui partagent 90 % d'idées et de valeurs communes." Sa recette à lui, il l'a confie à la fin: "la possibilité de créer une force politique nouvelle à gauche et seulement de gauche".

Fabius n'a pas pu s'en empêcher non plus. Le roi de la blague et des piques gratuites va publier - enfin, plutôt son nègre Guillaume Bachelay - "Désert d’avenir?". En se lançant dans (en se cachant derrière?) une réflexion historique des 25 dernières années, il explique la crise actuelle du PS, du tournant de la rigueur en 1983 au référendum sur la constituion européenne de 2005. Il décrit comment les socialistes ont renoncé à leur idéal au profit d'une "fiction". Et il a cette phrase, qu'il faudra graver dans le marbre pour être sûr qu'elle a bien été prononcée par l'ancien chantre de l'Europe: "Identifier le socialisme et l'Europe était une voie périlleuse dès lors que celle-ci suivait une pente de plus en plus libérale".

Enfin, il y a Jospin. Qui fait, comme d'habitude, dans le noir et le désespérant avec "L’Impasse", à paraître dans un mois. Le Nouvel Obs ironise, en s'interrogeant sur la présence éventuelle d'une "corde" en cadeau avec l'ouvrage.

Royal, elle, affûte ses couteaux. Samedi dernier, elle a raillé la "chaude affection littéraire" de ses camarades. Pour la riposte, rendez-vous à l’automne avec son "Étrange défaite".

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