
On croyait avoir tout vu: les journalistes qui rejoignent l'Elysée et Matignon comme chargés de comm', les patrons de presse copains comme cochons avec le président, les journalistes qui fricotent avec les hommes d'appareil de tous bords. Les connivences médias-politiques sont plus complexes qu'on ne le pense. Notre Constitution aussi. Voici un nouveau pouvoir conféré au président de la République française: celui de nommer les patrons de presse. C'est lui, en personne, qui a annoncé les nominations dans le jeu des chaises musicales TF1-Figaro-Echos. Montesquieu a certainement dû se retourner dans sa tombe.
Vendredi après-midi, Nicolas Sarkozy reçoit des membres de la rédaction des Echos, venus l'interviewer. Sur la situation économique et sociale, pensent-ils. La discussion vire rapidement vers un autre sujet: le rachat du premier quotidien économique français par le patron d'LVMH Bernard Arnault. NS leur annonce que leur futur président (et patron du pôle presse de LVMH) sera ... Nicolas Beytout, l'actuel directeur de la rédaction du Figaro, un temps pressenti pour diriger l’information de ...TF1! [Selon L’Express du 31 mai 2007, il « était présent à TF 1 le mercredi 23 mai, ainsi que le 25 au matin, dans le bureau de Nonce Paolini, pour mettre sur pied un éventuel binôme de direction de l’information du groupe TF 1 avec Jean-Claude Dassier. »]
NS pensait-il rassurer la rédaction des Echos avec un journaliste, garantie d'indépendance selon lui? Ce qui n'a pas échappé aux journalistes des Echos, c'est que Nicolas Beytout est un proche de Sarkozy. Il figurait d'ailleurs parmi la liste d'invités - amis et people -, au Fouquet's, le soir de la victoire du 6 mai.
Mais qui donc remplacera-t-il Nicolas Beytout? La réponse (officielle) est tombée aujourd'hui. Il s'agit d'Etienne Mougeotte, sorti de TF1 par la petite porte, réapparu à la tête du Figaro Magazine en septembre. Mougeotte, qui, commentant la grève dans les transports dans son édito, samedi, encourageait Nicolas Sarkozy à ne pas céder à un mouvement "corporatiste" visant "à faire perdurer un système inégalitaire de retraites permettant à 500 000 de nos concitoyens de bénéficier d’avantages exorbitants du droit commun". Et de conclure, en s'adressant à Nicolas Sarkozy: "Continuez à tenir bon, Monsieur le Président, vous ne réformerez pas la France autrement!".
Les hommes bougent comme des pions, à peine arrivés, ils repartent. A se demander comment ils parviennent à impulser une quelconque dynamique dans un canard. Pas étonnant que la presse écrite française se porte si mal.
A lire:
- L'article de Rue89
- L'article d'Acrimed
1 commentaires:
Hé Marino, dommage que la conclusion soit un peu rapide!Rien, jusqu'à nouvel ordre, ne démontre la corrélation entre les difficultés économiques que traverse la presse française et son manque d'indépendance!
:)
Enregistrer un commentaire