
La "journée sans Sarkozy dans les médias" français a été un échec. Prévisible, certes, mais un échec tout de même. A l'exception de quelques sites web d'info, personne n'a suivi l'initiative de l'association "Rassemblement pour la démocratie à la télévision" (RDT). Ni Libération, ni Le Monde, ni personne.
Seul le site du Nouvel Obs a répondu à l'appel de RDT, "à sa manière". Dans la fenêtre en haut à gauche (celle réservée à l'info du jour), on pouvait cliquer sur la silhouette de "qui vous savez". Comprenez, Nicolas Sarkozy. Sur la page d'accueil, donc, aucune trace de "qui vous savez", rien. Rien sur l'intervention télévisée du président, le pouvoir d'achat, etc. En revanche, ceux qui ont cliqué sur "qui vous savez" en ont eu pour leur frais: une page entière consacrée à NS, article, vidéos, pour "les accros". Une façon de railler l'omniprésence de Nicolas Sarkozy dans l'agenda médiatique.
Mais ce flop s'explique assez facilement. D'une part, comme à son habitude, NS a brillamment fait diversion. On le sait, il excelle en la matière, mieux que n'importe quel politique. Pour faire passer la pilule des tests ADN, il envoie son (ex-)femme délivrer les infirmières bulgares. Pour éclipser les grèves, il rend public son divorce. Alors pour faire parler de lui le jour où certains médias et citoyens comptaient le zapper, il passe au 20 heures sur les deux premières chaînes la veille (intervention télévisée officielle) et il s'exprime le lendemain sur les preuves de vie d'Ingrid Betancourt, les premières depuis quatre ans. Ca se passe comme ça chez Sarkozy, et à vrai dire, il serait bête de s'en priver.
Donc, comme prévu, il s'est affiché sur toutes les couvertures des quotidiens le lendemain matin et on l'a entendu sur toutes les ondes. Pensez-vous, avec le pouvoir d'achat et des phrases comme "Il n'y a pas d'argent dans les caisses", les médias n'allaient pas louper ce trop plein d'infos.
Mais il y a une autre raison à cet échec, et on serait malhonnête de ne pas l'évoquer. Cette journée, bien que partant d'un juste constat, n'apporte pas une vraie solution, au sens de "constructive et intelligente". Bien sûr, elle a le mérite d'attirer l'attention de l'opinion publique sur cette omniprésence médiatique, ce manque de pluralisme, et sur ce que certains appelleront le "quasi-culte du chef", mais elle ne fait que repousser le problème des choix éditoriaux, de la hiérarchisation de l'information et du traitement de NS dans les médias. Plus grave: en plus d'être antiproductive, elle est antijournalistique.
A lire et écouter:
- Le bilan de la journée, tiré par le président de l'association à l'origine du projet, sur le site du Monde.
- Sur l'intervention télévisée en elle-même:
l'analyse de Jean-Michel Aphatie
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