
"Madame, monsieur bonsoir", le livre des cinq journalistes de TF1 paru sous le pseudonyme "Patrick Le Bel", part d'une bonne intention: révéler l'envers du décor du JT de la première chaîne. La matière est - presque- là, les anecdotes et l'atmosphère aussi, pourtant, le livre est loin d'être concluant. Il ressemble davantage à un médiocre premier jet qu'à un témoignage abouti. Un amas de notes couchées sur le papier, des dialogues qui s'empilent sans qu'on comprenne qui parle, des allers-retours entre 1987 et 2007 qui perdent le lecteur. Et, le comble: des fautes d'orthographe grossières, des noms écorchés ("Ségolène RoyalE").
Sur la forme, le livre aurait gagné à être mieux structuré, construit autour de chapitres pertinents et de flashbacks judicieux. Il aurait aussi été plus efficace en maniant moins l'ironie. Les récits sentent rancoeur à plein nez, et on comprend très vite le but officieux d'un tel livre: soulager ses auteurs qui subissent - ou sont témoins - depuis des années de situations inacceptables.
Sur le fond, on enfonce beaucoup de portes ouvertes, on apprend que TF1 est dirigée comme une entreprise de grande distribution, qui traite l'information comme un bien de consommation et ses journalistes comme de petits soldats, qu'elle roule pour la droite et que ses "stars" ne vivent que pour conserver leur fauteuil, dans le mépris total des "sans grades". On attendait des auteurs qu'ils démontent le système pierre par pierre, qu'ils ouvrent la machine et détaillent chaque pièce pour le lecteur lambda, car après tout, le journaliste, lui, sait déjà.
Mais soyons indulgent. Le livre a été écrit dans l'urgence, à dix mains, et en parallèle d'un travail au combien prenant et pesant. Autre handicap, de taille: la nécessité de rester anonyme (on a d'ailleurs des difficultés à penser que les cinq compères puissent le rester tant les informations sur leur parcours et leurs rapports avec leurs supérieurs sont détaillés). Même maladroit, ce livre a un intérêt, dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, mettre par moments des faits, des dates et des mots sur des suppositions et des rumeurs. Et si la majorité des informations sont déjà connues de la profession, il faut penser au-delà du microcosme journalistique. La désormais célèbre "madame Michu" ne lira probablement pas ce livre, mais il pourra servir, comme le disent les auteurs, d'électrochoc. On compte sur le "buzz" médiatique.
En attendant, la chasse aux sorcière est bien engagée à TF1.
A lire: La chaîne a ouvert une enquête pour démasquer les auteurs.







