lundi 14 janvier 2008

Portes ouvertes à TF1


"Madame, monsieur bonsoir", le livre des cinq journalistes de TF1 paru sous le pseudonyme "Patrick Le Bel", part d'une bonne intention: révéler l'envers du décor du JT de la première chaîne. La matière est - presque- là, les anecdotes et l'atmosphère aussi, pourtant, le livre est loin d'être concluant. Il ressemble davantage à un médiocre premier jet qu'à un témoignage abouti. Un amas de notes couchées sur le papier, des dialogues qui s'empilent sans qu'on comprenne qui parle, des allers-retours entre 1987 et 2007 qui perdent le lecteur. Et, le comble: des fautes d'orthographe grossières, des noms écorchés ("Ségolène RoyalE").

Sur la forme, le livre aurait gagné à être mieux structuré, construit autour de chapitres pertinents et de flashbacks judicieux. Il aurait aussi été plus efficace en maniant moins l'ironie. Les récits sentent rancoeur à plein nez, et on comprend très vite le but officieux d'un tel livre: soulager ses auteurs qui subissent - ou sont témoins - depuis des années de situations inacceptables.

Sur le fond, on enfonce beaucoup de portes ouvertes, on apprend que TF1 est dirigée comme une entreprise de grande distribution, qui traite l'information comme un bien de consommation et ses journalistes comme de petits soldats, qu'elle roule pour la droite et que ses "stars" ne vivent que pour conserver leur fauteuil, dans le mépris total des "sans grades". On attendait des auteurs qu'ils démontent le système pierre par pierre, qu'ils ouvrent la machine et détaillent chaque pièce pour le lecteur lambda, car après tout, le journaliste, lui, sait déjà.

Mais soyons indulgent. Le livre a été écrit dans l'urgence, à dix mains, et en parallèle d'un travail au combien prenant et pesant. Autre handicap, de taille: la nécessité de rester anonyme (on a d'ailleurs des difficultés à penser que les cinq compères puissent le rester tant les informations sur leur parcours et leurs rapports avec leurs supérieurs sont détaillés). Même maladroit, ce livre a un intérêt, dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, mettre par moments des faits, des dates et des mots sur des suppositions et des rumeurs. Et si la majorité des informations sont déjà connues de la profession, il faut penser au-delà du microcosme journalistique. La désormais célèbre "madame Michu" ne lira probablement pas ce livre, mais il pourra servir, comme le disent les auteurs, d'électrochoc. On compte sur le "buzz" médiatique.

En attendant, la chasse aux sorcière est bien engagée à TF1.
A lire: La chaîne a ouvert une enquête pour démasquer les auteurs.

mardi 1 janvier 2008

Dassault se paye sa Une


Il n'y a pas de miracle. 2008 commence aussi mal que 2007 a fini. A peine Nicolas Beytout a-t-il fait ses valises du Figaro que l'avionneur Serge Dassault, actionnaire du journal (et sénateur UMP) reprend les commandes du menu du quotidien. En voilà une belle démonstration aujourd'hui avec un édito signé de sa plume. Ca se passe comme ça au Figaro.

Sur quatre colonnes à la Une, le président du Figaro présente ses voeux aux lecteurs et "à la France, qui a choisi un président dynamique et courageux". Une chose est sûre: c'est Etienne Mougeotte, nouveau directeur de la rédaction, qui devra s'expliquer face à la société des rédacteurs du journal à son retour de vacances.

Voilà qui va sûrement améliorer les ventes du quotidien.

A lire: Les voeux de Serge Dassault.

mardi 18 décembre 2007

Médias outilisés


La question qui est sur toutes les lèvres depuis quelques jours, c'est: "Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, info ou intox?" Coup monté? Manipulation? Pourtant, la vraie interrogation devrait être: "Pourquoi Nicolas Sarkozy décide-t-il tranquillement de l'agenda médiatique?"

Ce n'est pas nouveau, qu'il soit ministre de l'Intérieur, candidat à l'Elysée ou président de la République, NS décide lui-même quand et comment telle ou telle info le concernant - de près ou de loin -, doit sortir. Qu'il s'agisse de son divorce, officialisé en pleine semaine de grèves, avec ce qu'il faut de Unes et de gros titres pour éclipser le mouvement social, ou de la présentation de sa nouvelle compagne, juste après la venue controversée du dictateur Kadhafi, c'est lui qui dit quand, où et comment. Les médias sont relégués au rang de vulgaires outils dont la fonction est de relayer une communication bien ficelée. Quel suivisme! Quel manque de recul! De courage! Mais que faire? Ne pas en parler? En parler? Et comment? Schneidermann, lui, a son explication: "[les médias] sont faibles. Faibles en moyens, faibles en réflexes, faibles en courage."

La vraie solution, c'est de faire notre travail: enquêter. En amont, seul et dans les endroits aujourd'hui désertés.

A lire:
En parler ou pas? La réponse de Schneidermann dans Libération.

mardi 11 décembre 2007

Récit de guerre




La journaliste Memona Hintermann a raconté avec émotion et colère hier, lors de l'emission "L"edition Spéciale", sur Canal+, comment un projet d’interview du "guide" lybien en 1984 aurait viré à l’histoire scabreuse lorsque ce dernier a cherché à avoir une relation sexuelle avec elle. Un témoignage incroyable.

"Que ferais-tu pour une poignée de dollars?"


Que ferait Nicolas sarkozy "pour une poignée de dollars", dit la chanson? Ou plus exactement pour 10 milliards d'euros. Il fermerait les yeux sur des entorses inadmissibles à la démocratie. Il serrait la main d'un dictateur. Il se transformerait en VRP. Il troquerait les droits de l'Homme contre des ventes d'Airbus. Il fermerait le clapet de Rama Yade.

Etrange politique que mène notre président, jonglant entre une diplomatie douteuse de mauvaises fréquentations et des déclarations allant à contre sens. Comme de remettre en place sa secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme avant de lui réaffirmer sa "confiance", son "amitié" et de clamer qu'il partageait sa conviction.

"La France n'est pas une balance commerciale" a dénoncé Rama Yade. "Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort", a-t-elle ajouté hier. Vrai coup de gueule ou pseudo opposition orchestrée au sein de la majorité?

Mais le problème premier est ailleurs: recevoir Khadafi avec de tels honneurs (tapis touge, garde républicaine, visite à l'assemblée nationale) est purement scandaleux. Il ne s'agit pas d'ignorer de sa politique extérieure tous les dictateurs et dirigeants aux pratiques douteuses, mais de ne pas les recevoir en visite officielle à L'Elysée, en grandes pompes et poignées de mains chaleureuses.

A lire:
Les propos de Rama Yade analysés dans la presse française et bulgare.

A écouter:
Le duel de Libelabo ce matin, entre François Loncle, député PS de l’Eure et spécialiste des affaires étrangères et Arnaud Danjean (UMP), ex-collaborateur de Bernard Kouchner au Kosovo.
Débat: le président de la République joue-t-il les VRP?

lundi 10 décembre 2007

Les mauvaises fréquentations


Libération affichait jeudi en Une la belle brochette des "mauvaises fréquentations" de Nicolas Sarkozy: Vladimir Poutine, Muammar el-Khadafi, Hu-Jintao, Bachar Al-Assad, Hugo Chavez, Idriss Déby. Rien de moins. Le but de ces trois pages événement: mettre en évidence le contraste entre les prises de position du candidat sur les droits de l'Homme durant la campagne électorale et la politique extérieure menée par le président depuis mai.

Samedi, NS a répondu à Libération, en marge du sommet Europe-Afrique de Lisbonne. Il a justifié ses choix un à un, comme l'explique le "Making of" du journal aujourd'hui:
- Vladimir Poutine: On peut lui reprocher beaucoup de choses, ce que Sarkozy estime avoir fait à Moscou, mais pas de ne pas avoir gagné les élections du 2 décembre. Il était donc normal de le saluer.
- Hu-Jintao: "Qu'on me cite un président de la République, française ou autre, qui ait dit aux Chinois qu'il fallait abolir la peine de mort"
- Hugo Chavez: Sa médiation a porté ses fruits puisqu'elle a permis l'apparition d'une preuve de vie d'Ingrid Betancourt.
- Bachar el-Assad: "J'observe que mes deux entretiens téléphoniques avec le président Bachar n'ont pas compliqué les choses [au Liban]"
- Idriss Déby: NS s'est livré à une laborieuse explication géopolitique sur la continuité entre Darfour et est du Tchad, où la France intervient au côté du régime en place. Et a conclu, en s'autocongratulant: "Moi-même, je me suis convaincu tout seul en parlant."
- Muammar el-Khadafi: Il a expliqué que tous les chefs d'Etat et de gouvernement ont fait le voyage à Tripoli ces dernières années et qu'il fallait encourager un pays qui a renoncé aux armes de destructions massive, qui coopère en matière de lutte antiterroriste et a libéré les infirmières bulgares.

A écouter:
Le zapping du Monde

Chomage technique


"Il ne faut pas que Nicolas Sarkozy tourne le dos à la diplomatie des valeurs. Je risque d'être au chômage technique." Rama Yade, 30 ans, Paris. Et accessoirement, secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme.

Source: Le Parisien.

vendredi 7 décembre 2007

Chanson du dimanche




Un peu d'humour avec cette pépite du net qui attire tous les internautes ces derniers temps: le blog de la "chanson du dimanche". Deux musiciens nous chantent l'actualité chaque dimanche et tournent en dérision nos dirigeants.
On en parle dans le Monde. Et dans Libération.

samedi 1 décembre 2007

Sarkophage


Lu dans "Télérama" du 1er décembre:
"Ces événements sont réels, pourtant à la maison on ne regarde pas la télévision, mais je concède que la radio fonctionne souvent. .. Après quelques lectures partagées avec ma fille de 4 ans sur la belle esthétique de l'Egypte ancienne, lectures qui l'intéressent, faites de rois magnifiques et de princesses, je l'emmène visiter l'exposition "Pharaon" à Valenciennes. Là commence le jeu des compléments syllabiques. "Alors ça, c'est une mo..., une mo...?" "mie!", répond ma fille. "Et là, c'est un masque de pha...?" "raon", répond ma petite, et je suis très fier au milieu des visiteurs. Je poursuis: "Et là, c'est un sarco..., un sarco...?" "zy!", crie ma fille. Comment vous dire, j'avais envie de rire, mais au fond de moi, j'étais terrorisé.
Laurent Reynaert, Lille.

vendredi 30 novembre 2007

"Qui vous savez"


La "journée sans Sarkozy dans les médias" français a été un échec. Prévisible, certes, mais un échec tout de même. A l'exception de quelques sites web d'info, personne n'a suivi l'initiative de l'association "Rassemblement pour la démocratie à la télévision" (RDT). Ni Libération, ni Le Monde, ni personne.
Seul le site du Nouvel Obs a répondu à l'appel de RDT, "à sa manière". Dans la fenêtre en haut à gauche (celle réservée à l'info du jour), on pouvait cliquer sur la silhouette de "qui vous savez". Comprenez, Nicolas Sarkozy. Sur la page d'accueil, donc, aucune trace de "qui vous savez", rien. Rien sur l'intervention télévisée du président, le pouvoir d'achat, etc. En revanche, ceux qui ont cliqué sur "qui vous savez" en ont eu pour leur frais: une page entière consacrée à NS, article, vidéos, pour "les accros". Une façon de railler l'omniprésence de Nicolas Sarkozy dans l'agenda médiatique.

Mais ce flop s'explique assez facilement. D'une part, comme à son habitude, NS a brillamment fait diversion. On le sait, il excelle en la matière, mieux que n'importe quel politique. Pour faire passer la pilule des tests ADN, il envoie son (ex-)femme délivrer les infirmières bulgares. Pour éclipser les grèves, il rend public son divorce. Alors pour faire parler de lui le jour où certains médias et citoyens comptaient le zapper, il passe au 20 heures sur les deux premières chaînes la veille (intervention télévisée officielle) et il s'exprime le lendemain sur les preuves de vie d'Ingrid Betancourt, les premières depuis quatre ans. Ca se passe comme ça chez Sarkozy, et à vrai dire, il serait bête de s'en priver.
Donc, comme prévu, il s'est affiché sur toutes les couvertures des quotidiens le lendemain matin et on l'a entendu sur toutes les ondes. Pensez-vous, avec le pouvoir d'achat et des phrases comme "Il n'y a pas d'argent dans les caisses", les médias n'allaient pas louper ce trop plein d'infos.

Mais il y a une autre raison à cet échec, et on serait malhonnête de ne pas l'évoquer. Cette journée, bien que partant d'un juste constat, n'apporte pas une vraie solution, au sens de "constructive et intelligente". Bien sûr, elle a le mérite d'attirer l'attention de l'opinion publique sur cette omniprésence médiatique, ce manque de pluralisme, et sur ce que certains appelleront le "quasi-culte du chef", mais elle ne fait que repousser le problème des choix éditoriaux, de la hiérarchisation de l'information et du traitement de NS dans les médias. Plus grave: en plus d'être antiproductive, elle est antijournalistique.

A lire et écouter:
- Le bilan de la journée, tiré par le président de l'association à l'origine du projet, sur le site du Monde.
- Sur l'intervention télévisée en elle-même:
l'analyse de Jean-Michel Aphatie